La tournée de Lajenès Kisa w Vle dans le Grand Sud n’a pas été une simple série d’activités militantes. Elle a pris la forme d’un moment de réveil collectif, d’un acte de présence et d’une déclaration politique portée par une jeunesse qui refuse désormais d’être reléguée au rôle de spectatrice du naufrage national.
Des publications liées au mouvement montrent qu’un lancement officiel a bien eu lieu à Miragoâne, dans le département des Nippes, et qu’il a été marqué par une importante mobilisation populaire, avec la participation de milliers de jeunes. Cette séquence s’inscrit dans l’expansion nationale du mouvement, présenté sur son site comme une initiative tournée vers un meilleur avenir pour le pays et vers l’engagement de la jeunesse haïtienne.
Miragoâne, la preuve qu’un sursaut est possible
À Miragoâne, le mouvement n’est pas venu seulement parler ; il est venu s’enraciner. Le lancement dans les Nippes, accompagné de campagnes d’information et d’une forte présence de jeunes, a donné au mouvement une assise visible dans le Grand Sud et a montré que cette région veut compter dans la refondation du pays.
L’ouverture d’un bureau de coordination à Miragoâne, sur la route nationale numéro 2, donne à cette dynamique un point d’ancrage concret. Ce lieu peut devenir bien plus qu’une adresse administrative, un espace d’écoute, de formation, d’organisation et de mise en commun des intelligences locales.
Dans cet esprit, de nombreux jeunes ont exprimé un sentiment de reconnaissance politique longtemps absent. « Nou te toujou ap plenyen sou sa k ap fèt nan peyi a, men la, pou premye fwa, mwen santi gen yon espas kote vwa nou konte tout bon. » Cette parole résume le basculement observé durant la tournée : passer de la frustration à la participation.
Aux Cayes, une parole qui cherche du sens
La tournée s’est aussi prolongée dans le Sud, notamment aux Cayes, avec des rencontres de présentation et de discussion destinées aux membres, aux sympathisants et à toutes celles et tous ceux qui voulaient comprendre la vision du mouvement. Les traces publiques disponibles sur le mouvement montrent que son action s’appuie déjà sur des ateliers et des espaces de débat consacrés à l’engagement civique, à la gouvernance et à l’avenir d’Haïti.
C’est ce qui donne à ces rencontres une valeur particulière. Elles n’étaient pas conçues pour produire des applaudissements faciles, mais pour faire émerger une parole libre sur l’insécurité, l’exil, la fatigue sociale, la faillite des institutions et la nécessité de rebâtir une culture de responsabilité collective.
Plusieurs voix de jeunes peuvent traduire cette atmosphère avec justesse. « Sa ki frape m, se jan y ap koute nou. Yo pa vin ak yon diskou tout fè, se nou menm ki ap bati lide yo ansanm. » Une autre parole va encore plus loin : « Si jèn yo pa òganize yo, lòt yo ap kontinye pran desizyon pou nou san nou. Lajenès Kisa w Vle ban nou zouti pou nou pran plas pa nou. »
Une jeunesse qui ne veut plus fuir le pays en silence
Dans le contexte haïtien actuel, mobiliser des jeunes ne signifie pas simplement remplir un espace public. Cela signifie faire face à une génération meurtrie par la peur, la précarité, l’humiliation quotidienne et la tentation permanente du départ. Que des milliers de jeunes se rassemblent autour d’un projet collectif dans le Grand Sud donne à la tournée une portée qui dépasse l’événementiel.
Le sens profond de cette mobilisation se lit dans des mots simples : « M te prèske deside kite peyi a. Apre rankont sa yo, mwen pa di tout bagay pral fasil, men mwen gen plis rezon pou m rete goumen isit la. » Dans un pays où tant de jeunes se sentent poussés vers la sortie, une telle phrase a la force d’un manifeste.
Cette mobilisation dit aussi autre chose : les territoires souvent regardés comme périphériques ne veulent plus être traités comme des marges politiques. « Miragwàn ak Okay se pa bout tè bliye ankò. Avèk mouvman an, nou santi nou konekte ak batman kè tout peyi a. » La tournée a ainsi relié l’espérance locale à une ambition nationale.
Une vision politique qui tranche avec les routines du système
Lajenès Kisa w Vle ne se présente pas seulement comme un cadre de mobilisation. Le mouvement porte aussi une critique explicite de la crise politique actuelle et des mécanismes traditionnels de confiscation de la parole publique.[cite:5] Dans une prise de position relayée à la fin de janvier 2026, il a dénoncé une « parodie de dialogue » et appelé à la fin du CPT au 7 février, tout en plaidant pour une transition centrée sur la sécurité, les élections crédibles, les services publics essentiels et des réformes sociales urgentes.
Cette orientation aide à comprendre pourquoi la tournée du Grand Sud a suscité autant d’adhésion. Elle donne aux jeunes non seulement une bannière, mais une lecture du moment national, une exigence éthique et une place dans la reconstruction à venir.
En filigrane, une conviction se dégage, la jeunesse ne demande plus la permission d’exister politiquement. Elle se constitue en sujet collectif, elle prend la parole, elle s’organise, et elle cherche à imposer une nouvelle grammaire de l’engagement.
Le Grand Sud comme laboratoire d’avenir
Ce qui s’est passé dans les Nippes et dans le Sud mérite d’être lu comme un signal fort. Le Grand Sud n’a pas seulement accueilli une tournée ; il a répondu à un appel, et cette réponse a pris la forme d’une mobilisation, d’un dialogue et d’une implantation durable.
Lajenès Kisa w Vle semble avoir compris une chose essentielle, on ne reconstruit pas un pays uniquement avec des mots d’ordre lancés depuis le centre ; on le reconstruit en allant vers les territoires, en y créant des espaces d’organisation et en faisant confiance à l’intelligence des jeunes. C’est peut-être là la leçon la plus importante de cette tournée dans le Grand Sud.
Car lorsque des milliers de jeunes se lèvent non pour suivre aveuglément, mais pour réfléchir, débattre, proposer et bâtir, il se produit quelque chose de rare dans la vie d’une nation : l’espérance cesse d’être un slogan pour devenir une force historique.



